07.10.2008
Entre chiens et loups
Je vais acheter des bougies. Je le vois en train de pisser contre un mur: "écarte les cuisses, j'arrive sale pute". Il pleut, on a plus d'électricité alors j'entoure ma bougie de plastique. La flamme vacille mais ne s'éteint pas.
Chez l'autre on ne peut pas dormir quand il pleut. Il attend, abrité, que la pluie se calme. "Viens Louise, j'ai à manger". Ici, pas besoin de mendier, il y a la famille.
Je tousse, mon palu est guéri mais pas ma bronchite. Un pakistanais tombé amoureux de moi me ramène des antibiotiques.
A l'aéroport, ils ont détaché mon collier. J'ai eu à nouveau faim, à nouveau froid mais j'étais à nouveau libre.
"Tu es la fille de Bob Denard"
J'ai vu les enfants des rues, comme des ombres qui mendiaient un peu d'héroine. Des phazers comme on dit ici. J'ai retrouvé ma famille: putes, tox, apatrides, sans papiers.
Je suis assise sur une marche, je regarde la pluie tomber, à coté de moi, mon frère. Je lui raconte ma galère, lui raconte comment il s'est fait enroler de force quand il était gamin. Je n'ai plus peur.
Je suis redevenue un loup, je rode comme avant. Je peux passer cinq heures à parler à la lune.
Enveloppée de mon manteau de nuit, je vois ma mère la lune, je suis avec mes frères, j'ai mangé et il me reste encore quelques cigarettes.
L'autre nous invite à venir assister à son combat de boxe. On accepte avec joie. On ira voir ça dimanche et puis on ira jouer au foot après. On est comme des gosses.
Une pute arrive, son père vient de mourir, elle doit trouver l'argent pour l'enterrer. Il ne veut pas aller avec elle. Finalement il accepte et il emmène la fille.
Et la pluie s'arrete, l'autre part dormir, je regarde ebcore un peu la lune et je pars aussi.
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09.06.2008
En instance de départ
Un jour je suis partie sans prévenir. Aujourd'hui je me languis de partir. J'ai presque fini ma campagne de vaccination. J'ai bien engraissé quelques labos et un pharmacien.
Je passe mon temps à faire de la paperasse. Pour tout. Appeler à droite à gauche. Demander mon dossier, expliquer que je suis pressée, mais rien n'y fait. Je suis toujours la, assise sur mon canap' de merde en écoutant la petite musique d'attente de l'ambassade du Congo.
Je prends le bus à nouveau et je regarde les gens. J'aime bien ma ville. Je regarde les jeunes. Croise de jeunes faf. Ils me reconnaissent. Je suis seule. La rue est aux mains des fachos. Cranes rasés et lacets blancs. Je baisse la tête et je continue dans la rue.
Je ne sais plus ce que j'écoute mais j'entends juste les basses et la femme qui sent des aisselles à coté de moi me regarde d'un air méprisant. Ecoute bien ces basses, brave dame. Tu ne va plus en entendre de pareilles de si tôt.
Je rentre, je check facebook et je regarde dissmissed sur MTV. J'ai un amour tout particulier pour la junk TV. Je crois qu'elle contient l'essence de ma génération. On bouffe de la merde, on le sait et on en redemande.
Je me suis aperçue qu'on était en juin. Fini Mai 2008. Ce mois qui a servi à rien sauf à nous montrer des pavés que nous ne jetterons pas. Je déteste la génération de mai 68. Génération qui a tout pris sans nous laisser grand chose et qui se plaint pour ses retraites... Cette génération qui nous regarde avec mépris nous qui n'avons pas fait notre révolution. En même temps pour se révolter contre son père, il faut déjà en avoir un. Et nos pères jouissent sur leurs secrétaires depuis quelques années déjà.
Je suis de la génération qui ne regarde même plus son père parce qu'il est parti il y a trop longtemps. Je suis de cette génération qui n'espère plus grand chose. Mais qui espère quand même, au cas ou.
Je ne peux pas hériter de mon père, car je n'ai plus de père. Parce que je n'ai pas de père. Ne me parlez pas de mai 68.
Louise
17:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.06.2008
Bonnes nouvelles
Yep les enfants.
Me voila en troisième année. J'ai commencé à écrire à la fin de ma première année. J'ai envie de vous dire que ma vie à changé. Je pars dans quelques semaines à l'autre bout du bout du monde. Enfin pas si loin parce que Brazzaville c'est pas si loin.
Je pars bosser pour l'OCDH, je vais travailler dans un domaine qui m'intéresse. J'ai peur mais je suis assez fière.
Je me promène toute la journée dans ma ville. J'erre plus ou moins en attendant le départ, comme si j'allais revoir P. et lui dire. Lui dire "Ca y est je suis devenue grande".
Je vois mes potes s'enfoncer dans les méandres de la fumette et de la cé. J'ai mal pour eux. J'ai un pote sa meuf reste juste parce qu'il paie le loyer et qu'elle a besoin de thunes pour continuer ses études.
Il me dit:" Je sais pas si c'est la femme de ma vie".
Tant de certitudes d'il y a cinq ans. Envolées nos illusions.
Et puis il y a Lui... Simplement le bonheur.
Il y a l'Afrique à l'horizon, et puis la rue toujours, pas très loin.
Ma grande soeur s'étonne toujours de mes connaissances. On a beau essayer de se barrer, on rentre toujours ici. C'est peut-être le spectacle rassurant de la misère qui réconforte.
Il y a cette ville tant de fois parcourue. L'ivresse aussi.
La certitude d'enfin appartenir au monde. La certitude de ne pas être trop seul ici. La certitude des bras maternels.
Mon frère parti en voyage scolaire m'appelle de Pologne et m'explique qu'il n'arrivera pas à suivre un polonais à la picole. (Moi non plus mon Loulou, quoique, les stigmates de ma dernière soirée ne me rappellent rien... Pas même le début d'un souvenir)
Oublier avant de partir.
Louise
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