20.12.2007

Petite Soeur de Minuit

Petite Soeur de Minuit: Pourquoi je suis devenue Louise Clerelle.

Je suis quelqu'un de très banal... je vis une vie peu passionante entre mes études pas toujours transcendantes, mon boulot qui représente le sommum de l'exploitation salariale et mes loisirs qui se partagent entre repos durement mérité du travailleur et beuveuries étudiantes dans lesquelles je m'illustre comme étant résistante à l'alcool (plutot socialement valorisé).

Je suis présidente d'une ass0 et pas n'importe laquelle ce qui me confère un statut particulier dans mon école de personne qui décide, qui dirige et qu'on ne fait pas chier. (En fait c'est la source de mon statut social mais ce qui compte est que la plupart des gens ont peur de se faire déchirer au concours d'alcool ce qui ruinerait à jamais leur crédibilité et leur virilité et tout ça et tout ça)

Donc je suis une fille plutot connue et plutot appréciée enfin je pense.

En fait un peu à l'image de Dr Jekyll et M. Hide j'ai repris mon identité au fil du temps. J'ai du me la réapproprier. J'ai mis longtemps à m'habituer au fait qu'on ne m'appelle plus Louise, qu'on utilise mon prénom complet.

En partant de chez moi j'avais totalement fait abstraction de cette identité. J'étais devenue quelqu'un d'autre. Je m'étais tuée moi même..

Et je suis revenue de cette longue errance, de ce voyage. Je n'en parle jamais. Juste les endroits ou je suis allée. Mais pas plus... Car de cela il n'existe pas de mots dans votre langage. Les mots ne recouvriraient pas les même choses. Utiliser les mots serait tuer l'expérience brute en l'enfermant dans les boites que sont les mots. S'il n'y a pas de mot, alors l'expérience n'est pas vécue alors elle n'existe pas. Ainsi je ne deviens pas folle. 

Le problème n'est pas de partir, il suffit d'ouviri la porte mais de comment revenir. Comment admettre l'erreur, comment pardonner l'errance qui n'est pas uniquement physique mais aussi morale.

Ces milliers de kilomètres, l'asphalte qui défile comme autant de respirations. On s'arrête, rencontre des nomades d'un genre nouveau autour d'un café...

Et un jour on rentre, il faut réouvrir la porte et regarder enfin ce qu'on a fuit. Voir que sa famille a menti sur les raisons du départ, que la mère est toujours au fond de son lit à bouffer des médocs et le père encore au travail d'ou il rentre harassé et distant.

Comprendre très vite que la seule chance c'est l'école. Prendre tous les livres et les lire de façon compulsive. Aller en teuf pour permettre de catarsiser tout ça.

Danser des heures hypnotisé par le son, la drogue, les lumières. Entrer en transe. Retrouver le monde joyeux mais artificiel, ce monde qui  oscille entre volonté de tout changer mais qui ne peut se passer de pillules et de coke.

Ce monde parfait dans lequel les gens s'embrassent avant de sombrer dans la paranoïa. Ou la descente n'est qu'une question de point de vue et ou finalement au début un valium puis un valium plus un lexomil et finalement un valium un lexomil et un skenan, tout passe mieux.

La peur de devenir comme la Mère effondrée par des années de labeur, qui s'enterre au fond d'un lit qui n'en finit plus. La Mère qui se gave de médocs immondes multicolores en pleurant. En entendre des insultes à l'école puis au bahut, ne jamais montrer la Mère à personne de peur qu'elle t'insulte. Ne rien dire au Père parce qu'il s'en fout et de toute façon les gosses ce n'est pas à eux de se plaindre, ils bouffent tous les jours alors vos gueules sinon ma main dans ta gueule et si ça suffit pas jusqu'à ce que tu comprennes.

A l'école ne rien dire surtout ne rien dire. Tu veux partir à la ZE? Hien tu veux y aller. Et en plus tu crois que c'est ta faute hein. Tu commence à avoir peur. Mais tu continue parce que tu sais qu'un jour tout ça va changer.

Alors un jour tu pars et personne ne comprend. Mais à qui peux-tu dire que ta mère a une névrose au niveau de la bouffe, qu'elle ne mange rien pendant une semaine et qu'après elle se gave pendant des heures?

Faire face aux questions des profs brandir son bulletin et expliquer que tu es la meilleure de la classe et donc que tout va bien. De toute façon personne ne s'intéresse au premier de la classe. Tu es propre tu n'es pas maigre...

Personne n'a jamais rien vu. C'est peut etre ca la dignité.  

A qui tu peux dire que ta mère elle a tellement honte de sa névrose qu'elle n'est jamais venu voir la seule chose qui te tient à coeur: ta jument.

A qui tu peux dire que ta mère t'as laissé en bas de ton internat parce qu'elle a honte de monter les escaliers.

A personne, tu es seul. A qui tu peux dire que tu hais ta mère?

A qui tu peux dire que tu as galéré? 

Jamais une victime. Tu sers les dents, tu fumes des joints, tu relativises. Tu apprends la vie doucement, simplement.

Voila pourquoi je suis devenue Louise Clerelle. Parce que ce que Louise Clérelle a vécu jamais je n'aurais pu le supporter.

Parce qu' un jour je suis revenue. Pas pour leur montrer, j'ai vu beaucoup de chaussures de bourgeois.

Je suis rentrée dans un nouveau monde. Ou j'étais encore une fois seule... J'ai du tout réapprendre. Je n'ai pas la culture de cette école. Dans ma promo (qui est une exellente promo), j'ai rencontré des gens. Simples et humains.

Je me suis forgée une estime. Essayé de rester fidèle à mes engagement: solidaire et libre. Libre surtout. J'en maitrise la plupart des codes à présent. Soit c'est une force parce que je peux gagner. Soit c'est une faiblesse parce que je peux perdre espoir.

Se lever le matin, aller trimer... Trimer pour avoir le droit de continuer. La rédemption a un prix, à nous de savoir combien on est prets à le payer.. 

Méancolie est un rêve, une chimère, le dernier refuge. Le refuge perdu, d'une époque bercée d'illusions et de son. L'illusion de faire partie de ce monde. D'y avoir trouvé une place, la mienne. 

Ce refuge est pleuplé de gens magiques. De ces gens qui m'ont soutenu, de ces deux personnes qui m'ont redonné confiance. Car ce sont eux qui m'ont donné la confiance de continuer. De continuer à ma battre. De ceux qui m'ont dit "ta place est la bas". De ceux que je n'oublierai pas... De ceux à qui je dis merci... 

La Rue est mère des enfants perdus. Seule la Lune nous a vu grandir et souvent c'est à elle que s'adresse nos sanglots au fond de la nuit noire. Car la Lune nous éclaire de son ventre rebondi. Elle nous rassure.

Si la came nous abandonne, seule la Lune éclaire notre folie, nos passions et notre déraison. Je fais partie de ces enfants qui ont grandi avec la Rue et la Lune comme seuls repères... 

Voila comment je suis devenue Louise, Fille de la Nuit et du Vent, ne vivant que dans l'obscurité et ne trouvant réelle justification que dans la lutte.

Commentaires

C'est très beau et très juste.

Ecrit par : Par1 | 20.12.2007

Stand up and fight !
From dawn to dusk,
It's your right,
It's your task.

Ecrit par : Laurent | 21.12.2007

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