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10.03.2008
Soirée electorale...
Ceux qui me lisent depuis longtemps ne peuvent ignorer à quel point j'adore les elections. A quel point j'aime la cérémonie républicaine et à quel point j'y crois. Je m'en fous du résultat, et mon candidat n'a jamais gagné...
J'aime bien les gens de mon bureau, j'ai déménagé mais je n'ai pas fait mon changement d'adresse pour continuer à voter dans ce bureau. Je me suis fait engagé pour dépouiller. (J'ai dépouillé les 4 dernières élections...).
J'ai revu mon "date" du bureau de vote... (L'année dernière, j'avais naivement cru que c'était possible de choper au bureau de vote...Il parait que c'est possible de chopper sur facebook, alors pourquoi pas dans un isoloir?)
C'est allé vite, j'ai de l'expérience maintenant, j'ai pu hurler code 17 (pour une enveloppe sans bulletin). Plutot tendues comme elections.
Je me suis posée devant la télé...
J'ai reçu un coup de téléphone. J'ai bredouillé 3 mots, j'ai raccroché... Je me suis levée... Et je n'ai réussi à rien. Alors je me suis rassise. J'ai composé le numéro de mon père. Et puis j'ai raccroché avant que ça ait sonné.
J'ai allumé une clope. Je l'ai éteinte tout de suite en toussant. J'ai pris de la ventoline.
J'ai repris mon portable, j'ai appelé mon père et j'ai laissé un message:
"Papa, c'est Louise. Juste pour te dire que je t'aime et que je m'en fous que tu ais perdu les élections. Bon courage."
Mon père est maire depuis 19 ans. Je viens d'en avoir 20. J'ai toujours connu mon père maire. J'ai toujours détesté le fait qu'il soit maire. J'ai toujours détesté la mairie, les réunions jusqu'à pas d'heure, les "pas possible de faire ça, j'ai une réunion".
Et puis il perd.
Je suis brouillée avec mon père, ça fait un an que je ne l'ai pas vu. On a quelques contacts sporadiques par téléphone. Très souvent on s'insulte. Très souvent, je mets des coups dans les murs après les "tu n'es pas ma fille".
On ne peut pas renier ses parents. Même s'ils ne vous ont pas cherché quand vous êtes partis...
Et puis il perd.
J'aurais juste aimé être la et pouvoir pleurer avec lui.
Mon père c'est quelqu'un de très fragile. J'ai trop de peine pour lui. Mes soeurs s'en branlent un peu.
Et puis il perd.
J'imagine tellement la scène. Le dernier bulletin dépouillé. Le dernier espoir qui s'éteint. Le sourire de l'autre. Les mecs qui font la fête. Et mon père qui serre les dents. Qui se lève sous le regard de ses administrés. Les visages. Le parcours sans fin du fond de la salle... L'echec personnel.
Et puis sa nouvelle copine c'est pas ma mère. Ma mère aurait arrangé. Elle aurait su trouver les mots. Parce que ma mère sait trouver les mots. Elle sait trouver les mots pour expliquer à sa fille de huit ans qu'elle ne doit pas avoir honte de lire des livres.
Il doit être tellement seul. C'est la première fois depuis qu'il a son portable que je n'ai pas réussi à le joindre... Qu'il l'a éteint.
Les choses changent...
Il est devenu humain....
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