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01.05.2008
Dégage
Si hier soir je n'étais pas bien, finalement chez mon père le rejet est un mouvement permanent. Ma seule chance est que l'année scolaire est finie, que je déménage dans une semaine, que j'ai plusieurs points de chute entre la Madre, la Soeur et puis Lui.
Quand j'ai eu mon bac, que mon foyer n'avait pas prévu que, non, ma famille ne m'accueillerait pas pendant les deux mois d'été, j'avais un point de chute (et encore...). 17 ans et pas de maisons, quelques cartons de livres, quelques souvenirs, des sapes...
Toujours pas de job d'été. Je me laisse vivre. Précarité quand tu nous tiens... Pas le sou en poche, même pas d'inquiètude. Mais pas de job signifie pas de squat chez la Madre. L'oisiveté est son privilège, pas le mien.
J'égrène sur mon CV, les jobs de merde. Je suivrais bien un petit CAP pour avoir un job d'été. La plomberie m'ouvre les bras...
La fin des eXams, je sèche le sacro-saint gala de fin d'année... Allez salut, je prends le large... Pour 4 mois...
La Soeur, le Frère et Lui viennent me déménager. Belle petite famille un peu skizophrène entre un père qui rejette, une mère qui accueille à temps partiels entre la débrouille, solidarité informelle, rêve de belles études, de s'en sortir...
Entre la drogue et l'acèse... Vacillante mais assez solide... Consciente de ses faiblesses, entretenant ses faiblesses, ponctuant les texto de "jtm", entre les coups, la rue et les potes...
Entre la Rue et mon école. Trois ans que j'ai le bac, cinq ans que je galère, encore 3 ou 4 années d'études...
Suivre un court sur le Quart Monde, alors que je pourrais le donner... (Méritocratie chérie...)
Dernières épreuves demain... Et puis je prends l'avion, retour à la maison chez les keupons pour beugler punk à chat... Laisser tout ça derrière...
Heureusement qu'ils existent les keupons... Heureusement qu'il reste quelques espaces de liberté absolue, sans jugement, sans regard de l'autre, sans justification permanente, sans combat pour une place, sans étonnements, sans pression sociale, sans besoin de réussir, sans besoin de briller...
Juste de la fraternité, de la liberté et de l'égalité. Juste le rêve républicain. Un endroit où même les pauvres peuvent entrer. Un endroit de paroles, d'auto gestion, de dicussion et d'utopie... Je n'y crois pas, juste une parenthèse, mais une parenthèse salvatrice les keupons... Un endroit où le discours se teinte de rêve...
Un endroit pour doux rêveurs et anarchistes de merde en lutte.
Un endroit où je ne suis plus dans mon école... Un endroit sans étiquette, ou le patron me paie les trois quart de mes coups "parce qu'elle a pas de thunes, elle est étudiante", , un endroit où l'ivresse est un Art.
24 heures, dans 24 heures, dans la caisse, rentrer chez moi, rentrer chez moi et oublier qu'un temps j'ai rêvé avoir un destin.
Pour certains le "no future" est une provocation à la face de leurs parents. Mais quand tu n'as pas de parents pour cracher ta haine adolescente, alors le "no future" prend un ton un peu plus dramatique...
Parce que tu as beau te battre pour ton futur, te battre contre un carcan, tu as 20 ans et tu es usé...
Parce que tu vis dans un monde ou ne pas avoir de thunes est hype et revendiqué... Les vrais pauvres ne revendiquent pas leur pauvreté... La pauvreté comme syndrome de la hype.
Je deteste les faux pauvres. Je deteste ceux qui font semblant... et qui finiront dans l'entreprise de papa après avoir fumé le salaire de papa...
Je deteste ceux qui te font croire en l'école, alors qu'ils savent que l'école c'est DEAD... Que l'école c'est pour leurs gosses, que les stages au MAE c'est pour leurs gosses, que les places sont déjà réservées pour leurs gosses, que ton école c'est pour leurs gosse. C'est tellement cynique...
Ils le savent et pourtant te balancent la dedans...
Louise, qui n'a même plus l'envie d'être rageuse...
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