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09.06.2008
En instance de départ
Un jour je suis partie sans prévenir. Aujourd'hui je me languis de partir. J'ai presque fini ma campagne de vaccination. J'ai bien engraissé quelques labos et un pharmacien.
Je passe mon temps à faire de la paperasse. Pour tout. Appeler à droite à gauche. Demander mon dossier, expliquer que je suis pressée, mais rien n'y fait. Je suis toujours la, assise sur mon canap' de merde en écoutant la petite musique d'attente de l'ambassade du Congo.
Je prends le bus à nouveau et je regarde les gens. J'aime bien ma ville. Je regarde les jeunes. Croise de jeunes faf. Ils me reconnaissent. Je suis seule. La rue est aux mains des fachos. Cranes rasés et lacets blancs. Je baisse la tête et je continue dans la rue.
Je ne sais plus ce que j'écoute mais j'entends juste les basses et la femme qui sent des aisselles à coté de moi me regarde d'un air méprisant. Ecoute bien ces basses, brave dame. Tu ne va plus en entendre de pareilles de si tôt.
Je rentre, je check facebook et je regarde dissmissed sur MTV. J'ai un amour tout particulier pour la junk TV. Je crois qu'elle contient l'essence de ma génération. On bouffe de la merde, on le sait et on en redemande.
Je me suis aperçue qu'on était en juin. Fini Mai 2008. Ce mois qui a servi à rien sauf à nous montrer des pavés que nous ne jetterons pas. Je déteste la génération de mai 68. Génération qui a tout pris sans nous laisser grand chose et qui se plaint pour ses retraites... Cette génération qui nous regarde avec mépris nous qui n'avons pas fait notre révolution. En même temps pour se révolter contre son père, il faut déjà en avoir un. Et nos pères jouissent sur leurs secrétaires depuis quelques années déjà.
Je suis de la génération qui ne regarde même plus son père parce qu'il est parti il y a trop longtemps. Je suis de cette génération qui n'espère plus grand chose. Mais qui espère quand même, au cas ou.
Je ne peux pas hériter de mon père, car je n'ai plus de père. Parce que je n'ai pas de père. Ne me parlez pas de mai 68.
Louise
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